Un peu d’histoire

Glacier de Bowdoin

Par-delà, une montagne isolée, d’une vigueur saisissante et au contour tranchant, s’élançait apparemment quelques sept cent mètres dans les airs et, de sa base, le mur cristallin d’un glacier immense s’étendait sans obstacle en travers du côté opposé de la baie. Ce glacier, j’ai nommé, en honneur de mon Alma mater, le glacier de Bowdoin, et la baie, j’ai appelée baie de Bowdoin.

Robert E. Peary, Northward over the Great Ice, p. 393-394, 1898

Les lieux que nous allons visiter ont été explorés pour la première fois par des occidentaux à la fin du dix-neuvième siècle. En 1891, l’expédition américaine de Robert E. Peary établit son camp de base sur la péninsule dite de Redcliff, une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Qaanaaq (Karnah). L’expédition a pour but de déterminer si les terres du Groenland s’étendent jusqu’au pôle nord, lieu encore mythique et inexploré à l’époque. À l’été 1892 après plusieurs missions de reconnaissance, Peary parcourt deux mille kilomètres en traîneau, atteint la côte nord, et conclut que le Groenland est une île. Après son retour à Redcliff il explore le fjord en bateau et donne des noms anglais aux glaciers et reliefs de la région, dont le glacier de Bowdoin.

Carte de l’exploration de fjord d’Inglefield en bateau à l’automne 1892
(Robert E. Peary, Northward over the Great Ice, vol. 1 p. 386, 1898)

Une oasis de l’Arctique

En 1893 Peary revient au Groenland et s’installe dans une petite crique tout au fond du fjord de Bowdoin, une oasis arctique selon ses mots, qu’il a repéré lors de sa visite de l’été précédent. Il y construit une maison dans laquelle il passera deux ans et donnera naissance à sa fille. En été 1894 il reçoit la visite du professeur Thomas C. Chamberlin, directeur de l’Institut d’études géologiques des États-Unis, qui fera de précieuses observations sur les glaciers alentours, les premières que l’on a de cette région.

Carte du glacier de Bowdoin en 1893 (Thomas C. Chamberlin, Glacial studies in Greenland. VII: The Redcliff Peninsula, J. Geol. 3, p. 668, 1895)