J9 – Glacier de Qaanaaq

J9 – Glacier de Qaanaaq

Dernier jour avant le départ sur le glacier de Bowdoin. Aujourd’hui, comme je n’ai plus grand chose à faire en termes de préparatifs, je décide d’accompagner l’équipe japonaise pour mesurer le bilan de masse du glacier de Qaanaaq, l’une des langues glaciaires qui s’écoulent du plateau au-dessus du village. Étude la plus classique en glaciologie, elle consiste à installer des balises, perches en aluminium, en différents points du glacier et à relever deux fois par an l’accumulation et la fonte.

Aujourd’hui, nous relèverons le bilan de masse de “printemps”. L’été à Qaanaaq est court : le pic de la saison de fonte ne fait que commencer. Le travail avait été prévu sur deux jours, mais compte tenu du retard de l’avion nous ferons le maximum aujourd’hui. Nous commençons par la partie haute du glacier. On monte aussi loin que possible sur la terre ferme, en ligne droite depuis le village. Balises de rechange, perceuse de cinq mètres de long, récepteur GPS, balance, fusil, crampons, raquettes : nos sacs à dos sont pleins.

Dans la partie haute du glacier, zone d’accumulation, on mesure la densité de la neige, une couche à la fois. Cela permettra de convertir l’épaisseur en masse. L’épaisseur de neige augmente avec l’altitude, il faut creuser de plus en plus profond. Mais les collègues d’Hokkaido habitués à la neige sont experts des profits de densité, qui permettent aussi de prévenir les avalanches au Japon.

Sur la partie haute du glacier, les raquettes s’avèrent utiles. Nous montons presque jusqu’à la ligne de partage des glaces, au sommet de la calotte, mais faute de temps nous n’irons pas jusqu’à la dernière balise. Là-bas, il n’y a en principe pas de fonte : les japonais reviendront en fin de séjour pour le bilan de masse “d’automne”.

Dans la partie basse du glacier, zone d’ablation, le travail s’accélère. Ici il suffit de mesurer la fonte, et de replanter les balises. Après une journée bien ensoleillée, la glace est rugueuse. Le glacier étant peu crevassé, les crampons ne seront finalement pas nécessaires.

Ici comme pour presque tous les glaciers dans le monde la fonte s’accélère. Ces dernières années, la rivière qui coule du glacier a plusieurs fois balayé la route entre le village et l’aéroport. En fin de journée nous sortons du glacier, empruntons alors la moraine pour redescendre vers le fjord. Cette journée au grand air nous a bien fatigués, mais la marche vers le village est encore longue.

Enfin nous sortons de la vallée glaciaire. Les rochers ne se dérobent plus sous nos pieds, les sols se font plus stables, on peut accélérer le pas. Cela fait presque douze heures que nous sommes dehors. Nos estomacs sont vides et nos jambes fatiguées, mais nous avons la satisfaction du travail réussi. Aucun risque par ailleurs de rentrer après la tombée de la nuit. Reposez-vous bien, car demain nous prenons l’hélico pour Bowdoin.