J8 – Session de tir à Qaanaaq

J8 – Session de tir à Qaanaaq

Une nouvelle journée ensoleillée s’annonce à Qaanaaq. Nous commençons par une petite visite au supermarché. Seul commerce du village, nous comprendrons vite qu’il en est le principal point de rencontre. Approvisionné deux fois par an par bateau, les rayons y sont en général à moitié vides au début de l’été. L’année dernière, il n’y avait plus de bière, cette année c’est l’huile et le beurre qui sont en rupture de stock. Finalement nous décidons d’acheter un fusil. On les trouve au rayon fusils, avec les munitions. On apprendra à s’en servir cet après-midi.

Aujourd’hui, c’est jour de communion. Fête traditionnelle christianisée, à douze ans les jeunes Groenlandais y reçoivent leur premier fusil. Après la cérémonie, une table est dressée devant l’église. C’est grâce à notre collègue Riccardo que nous pouvons participer au festin. Son avion à lui a été retardé de dix jours. Cela lui a laissé le temps de tester tous les hôtels d’Ilulissat, et de faire connaissance avec quelques habitants de Qaanaaq attendant aussi un avion.

Nous goûtons à des petits oiseaux et au flétan du Groenland, mais la pièce maîtresse sur cette table, c’est le narval. Baleine à défense à l’origine de la légende des licornes, elle constitue une partie importante de l’alimentation des habitants du village. Cette espèce protégée ne peut être chassée que par la méthode traditionnelle Groenlandaise, au kayak et au harpon. La graisse épaisse qui l’entoure est une friandise, mais il faut de bonnes dents pour pouvoir en profiter.

Nous partons ensuite pour un entraînement improvisé au tir à l’ours. Toku, notre instructrice, nous emmène sur la plage près de l’aéroport. C’est le meilleur endroit, nous assure-t-elle. En plus du fusil fraîchement passé à la caisse, elle nous en prête un deuxième pour le terrain. On apprend à manier le magasin, charger et décharger, puis on tire chacun deux coups dans une cible en carton.

Toku Oshima est l’une des quelques habitants de Qaanaaq qui parle anglais. Sans elle ici, nous serions complètements perdus. Son passe-temps favori : partir pêcher dans l’une des nombreuse cabanes sur traîneau dispersées dans le fjord. Après deux ou trois semaines en solitude complète, elle passe un coup de téléphone satellite à son mari Kim pour qu’il vienne la chercher en bateau. Kim aide au maintien de la route de l’aéroport et construit des maisons. C’est dans l’une d’elles que nous logeons.

Toku est en fait la fille de Ikuo Oshima, explorateur Tokyoïte, star de télé japonaise qui, tombé amoureux d’une Groenlandaise, s’est installé en 1972 à Siorapaluk, un petit village à deux heures de bateau de Qaanaaq. Toku visitera le Japon pour la première fois en 2019. Mon collègue Shin servira d’interprète entre elle et sa grand-mère. Elle ne manque pas de nous faire part de son adresse en abattant quelques morceaux de banquise menaçants sur la plage.

Les oreilles encore sifflantes, nous comptons les trous dans la boîte. Le résultat est décevant. On se rassure comme on peut en se disant que les ours sont plus gros que les boîtes en carton. Les conseils de Toku : si un ours est en vue, on tire un coup en l’air ; à moins d’un kilomètre, dans sa direction pour lui faire peur ; à moins de cent mètres, il faut l’abattre.