J7 – Calotte de Qaanaaq

J7 – Calotte de Qaanaaq

Le ciel de Qaanaaq a fini par se dégager. Le dîner terminé, je vous propose une petite promenade digestive. Nous partons à l’assaut des pentes rocailleuses qui surplombent le village. La terre instable, gelée en profondeur, est faite de cailloux brisés par des millénaires de cycles de gel et de dégel. En l’absence de sol pour les tenir en place, les rochers se balancent sous nos pieds, la marche n’est pas toujours facile.

Une fois arrivés sur les hauteurs, les aboiements plaintifs des chiens de traîneaux en provenance de la banquise, clameur permanente qui plane sur le village, finit par disparaître. Il ne reste plus que le grondement d’un torrent glaciaire. En montant encore un peu, on commence à prendre mesure de la distance, trente kilomètres, qui nous sépare de l’autre rive du fjord.

Après une heure et demie de marche, nous atteignons finalement le bord de calotte, plateau de glace de vingt kilomètres de diamètre duquel s’écoulent plusieurs langues glaciaires. Déconnectée de l’inlandsis du Groenland, elle recouvre le plus gros de la péninsule. De l’autre côté se trouve le glacier de Bowdoin, l’objet principal de nos recherches, où nous nous rendrons la semaine prochaine.

Une traversée à pied serait longue, et surtout périlleuse en raison des crevasses encore cachées sous la neige au sommet de la calotte. Malgré l’heure tardive, les eaux de fonte ruissellent encore à la surface du glacier. En deuxième partie de nuit, peut-être qu’elles regèleront, formant une couche de glace superposée sur le glacier.

Le plateau est jonché de cairns, une présence rassurante dans ce monde aux dimensions irréelles, seul rappel que le village n’est pas loin. Ces deux-là semblent, comme nous tous, contempler inlassablement le fjord gelé, et les glaciers qui s’écoulent dans la mer de l’autre côté.

La fatigue commence à se faire sentir, nous avons laissé passer l’heure. Ce n’est qu’en jetant un coup d’œil à nos montres qu’on réalise qu’il est minuit passé. Le soleil haut dans le ciel brille encore sur les glaces du fjord.

Le temps de redescendre au village il sera presque une heure du matin. Le village est finalement passé à l’ombre de la colline, mais le fjord est encore au soleil. Pourtant, le sommeil viendra tout seul.