J30 – Retour à Copenhague

J30 – Retour à Copenhague

De nouveau nous changeons d’avion à Kangerlussuaq. Comme nous avons quelques heures avant d’embarquer pour Copenhague, nous profitons de l’escale pour nous dégourdir un peu les jambes. Juste à côté de l’aéroport coule en ce moment une rivière à la puissance inouïe. Nous sommes désormais au cœur de la saison de fonte. Sur l’inlandsis, la surface blanche du manteau neigeux a fondu pour laisser place à celle, plus sombre, de la glace, qui absorbe l’énergie solaire. Les tunnels sous-glaciaires sont ouverts, la météo est au grand beau.

En cette période, la rivière de Kangerlussuaq déverse près de deux mille mètres cubes d’eau par seconde. Cela équivaut à peu près au débit moyen du Rhône près de son embouchure, six fois plus d’eau qu’il n’en coule sous les ponts de Paris. Enfin, un doux ronronnement se fait entendre par-dessus le tumulte de la rivière. Loin au-dessus du fjord, un petit point rouge apparaît dans le ciel. C’est l’Airbus d’Air Greenland qui arrive tout droit d’Europe.

Retrouvant les règles strictes des vols internationaux, nous passons les portails de sécurité et la douane, puis nous embarquons. L’avion prend de la vitesse et s’élève dans les airs. Un décollage tout en douceur, très silencieux comparé à celui des Dash-8. Assez vite, nous nous retrouvons au-dessus de l’inlandsis. La surface grise de la glace, mise à nu par l’été désormais bien avancé, révèle tous ses détails. Elle est recouverte d’une fine couche de poussières qui, d’année en année, sont libérées par le glacier, nourrissent les trous à cryoconite. Avec l’accélération récente de la fonte, elles se font de plus en plus nombreuses. Ici comme sur les glaciers alpins, la glace petit à petit s’assombrit.

Une petit heure de vol plus tard, nous approchons déjà de la côte est. On aperçoit au loin les grands glaciers côtiers du fjord de Sermilik : Helheim, Fenris, et Midgård. Ici aussi, la ligne des neige est remontée jusque sur les hauteurs de l’inlandsis.

C’est une chance d’apercevoir ainsi ces géants, eux aussi objets de nombreuses recherches, au travers du hublot. À basse altitude, on discerne désormais les champs de crevasses et les moraines médianes. Véritables lignes de flux des glaciers, elles se forment en général en aval des nunataks, où deux glaciers se rejoignent, et courent sur plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’à la mer.

Nous traversons ensuite une région très montagneuse. Des sommets acérés, aux pentes desquels s’accrochent des glaciers suspendus, se succèdent les uns après les autres. Nommée Schweizerland par l’explorateur suisse Alfred de Quervain, premier occidental en ces terres, la région n’est pas sans rappeler les reliefs d’une chaîne de montagne de nos contrées.

Enfin, nous découvrons en contrebas la ligne déchiquetée de la côte est, où vêlent de nombreux glaciers côtiers dans l’immensité bleue de l’océan Atlantique. C’est ainsi que nous quittons le Groenland. Dans trois petites heures, notre équipe de confinés-glaciologues débarquera à Copenhague, dans la pleine effervescence de l’été Européen. J’espère que ce voyage vous a plu et vous souhaite un bon retour… À la maison.