J27 – Qaanaaq sous la pluie

J27 – Qaanaaq sous la pluie

Nous voici de retour à Qaanaaq. Le temps est maussade. Les averses se succèdent, et les températures à l’extérieur sont peu agréables. Alors, on profite du confort de la maison. On regarde les icebergs dériver dans la baie tandis que la machine à laver tourne à son plein. Certains osent ouvrir leur boîte mail, déjà débordante après deux semaines d’absence.

Bien sûr, une journée à Qaanaaq ne serait pas complète sans une visite au supermarché. Ici aussi les choses ont changé. Pendant notre absence, les rayons se sont remplis. Les dates “à consommer de préférence” sont situées dans le futur et il n’y a plus aucune étagère vide. En effet dès que la fonte de la banquise le permet, le bateau de Copenhague fait sa dernière grande escale sur la côte ouest : Qaanaaq. Comme il n’y a pas de port, le navire doit jeter l’ancre. Le déchargement des marchandises ne peut se faire qu’à marée haute et s’étale sur plusieurs jours.

Nous enfilons nos manteaux de pluie pour une petite balade sur la place. Nous y retrouvons les collègues, mais douchés et rasés, on a du mal à se reconnaître ! Ceux qui ont campé sur la colline face au glacier ont beaucoup d’histoires à nous raconter. Au sommet, là où ils ont installé le radar, ils ont découvert un petit cairn.

Ils ont aussi trouvé deux balles de fusil, l’une tirée, l’autre non, comme si elle avait été perdue dans la neige. Le policier du village nous confirmera qu’il s’agit d’un très vieux calibre. Les balles datent certainement de l’expédition de Peary de la fin du dix-neuvième siècle. À l’époque, il n’y avait pas de radio. Il était alors pratique courante de tirer un coup de fusil pour annoncer qu’on avait atteint le sommet et se préparait à redescendre.

Le petit cairn était vide, mais mes collègues l’ont remplacé par un grand. À l’intérieur, ils ont déposé un pot de compote du supermarché de Qaanaaq contenant une carte du glacier de Bowdoin avec la localisation de tous nos instruments, une liste de nos noms et activités sur le glacier, et une clé USB contenant les données brutes collectées par le radar.

Pendant que nous discutons, l’heure tourne. Au loin, les icebergs dérivent dans la baie, un mouvement que l’on perçoit seulement si l’on y prête patience. Certains sont ancrés dans les fonds marins, d’autres flottent au gré des courants. De l’autre coté du fjord, les glaciers sont presque complètement dénudés de leur couverture neigeuse.

Après deux semaines passées à faire des aller-retours sur un glacier, porter des batteries et bidons d’eau, et casser du cailloux, aujourd’hui le sommeil ne se fait pas sentir. Je m’attarde un peu pour prendre des photos. De temps en temps, les rayons du soleil de minuit se frayent un chemin au travers de la couverture de nuages, font apparaître le relief des montagnes. Il est presque trois heures du matin.