J25 – Changement de temps

J25 – Changement de temps

Ce matin, ce n’est pas la grande forme. Une tempête est passée au dessus du campement. Le vent a soufflé toute la nuit, les toiles de tente claquaient au-dessus de nos têtes, et il a beaucoup plu. Si pour nous le sommeil a été un peu difficile, nos collègues installés sur la colline ont passé une très mauvaise nuit. Là-haut le vent a été encore plus violent qu’ici.

La surface du glacier est méconnaissable. On dirait qu’il est tout sale. Avec la pluie, le glacier a fondu d’une quinzaine de centimètres. Les trous de cryoconite semblent avoir été éparpillés à la surface, devenue lisse comme un miroir. Les crampons ne sont plus seulement une sécurité, ils sont nécessaires pour tenir debout sur cette patinoire.

C’est notre dernier jour de terrain sur le glacier. Demain, si la météo le permet, l’hélicoptère d’Air Greenland nous ramènera à Qaanaaq. Cependant, ce changement de temps nous inquiète. En 2014, nos collègues ont été bloqués plus d’une semaine au bord du glacier à cause de la météo. Mais malgré l’incertitude, il faut tout prévoir pour demain.

Nous rendons une dernière visite au site de forage. On télécharge les dernières données de l’été. De temps en temps il se remet à pleuvoir ; le vent nous gèle les os. Pour la première fois depuis le début de la campagne, l’ordinateur de terrain résistant à l’eau, machine de quatre kilos, six avec la batterie externe, est véritablement utile.

On démantèle les installations qui ne valent pas le coup d’être gardées en place pour l’hiver, transporte les instruments jusqu’au dépôt de la moraine médiane. On déplace les paquets de câbles et les enregistreurs, essaie de les installer au mieux au milieu des crevasses qui s’ouvrent de tous les côtés. On espère qu’ils resteront en place le plus longtemps possible.

De retour au campement, on prépare notre dernier repas au bord du glacier. L’équipe japonaise a encore du poisson frais au frigo. Chaque jour, ils taillent à coups de piolet des glaçons dans le bord du glacier, les transportent jusqu’au campement pour les stocker dans une boîte en polystyrène. Grâce à cette technique, ils ont pu garder viandes, poissons et boissons au frais pendant deux semaines malgré les températures extérieures qui dépassent parfois les dix degrés.

Après la fondue Suisse, ce soir les sushis sont au menu. Il faudra un peu se serrer pour tous passer dans la même tente, mais ici nous sommes à l’abri du vent. On débouchera plusieurs bouteilles de vin pour finir de se réchauffer.