J24 – Sur les hauteurs

J24 – Sur les hauteurs

Nous entamons les derniers jours de terrain. Il faut penser à démanteler les instruments, finir de préparer ceux qui passeront l’hiver au glacier. Nous formons plusieurs équipes. La nôtre est chargée de s’occuper de l’appareil photo automatique installé sur les hauteurs. Depuis notre première visite il y a dix jours, la vue a bien changé. Il n’y a presque plus d’icebergs, les eaux bleues du fjord reflètent les montagnes déneigées, parfois même couvertes d’un fin duvet de verdure.

Après trois heures de marche nous apercevons l’appareil photo dans les rochers. Nous téléchargeons les dernières images, puis nous le programmons de nouveau sur une cadence plus lente. Cette fois nous le réglons pour prendre deux images par jour : l’une à midi solaire, l’autre à minuit. Nous nous allongeons sur les rochers et attendons le déclic de la première photo pour être sûr que l’appareil s’est bien déclenché.

On traîne un peu, on monte encore un peu sur les hauteurs pour profiter une dernière fois de la vue panoramique. La lumière baisse, fait ressortir les textures de la surface du glacier : les champs de crevasses, la moraine centrale, les creux et bosses qui nous ont pris tant d’énergie lors de nos déplacements sur le glacier. Au loin, la face sud de l’Obélisque passe à l’ombre, le détache du reste de la barre rocheuse.

Dans la descente, nous faisons une nouvelle rencontre. Deux lagopèdes peu timides posent sur les rochers face au glacier en contrebas. On les approche à quelques mètres à peine. Ils ne semblent pas chercher à se cacher, ou alors ont une grande confiance en leur plumes camouflage.

Au loin tout en bas, on aperçoit nos tentes, petits points jaunes au bord du fleuve de glace, notre seul repère dans ce paysage de géants. Le temps de rentrer au campement, il sera presque minuit. Le vent se lève ; à l’horizon des nuages se forment. Un changement de météo s’annonce.