J23 – Glacier de l’Obélisque

J23 – Glacier de l’Obélisque

Notre séjour au glacier de Bowdoin approche déjà de sa fin. Les journées de terrain restantes sont comptées. C’est ma dernière occasion de vous emmener un peu plus loin que d’habitude. Nous voilà partis pour le glacier de l’Obélisque, affluent majeur du glacier de Bowdoin, à quelques kilomètres du campement. Sur les images satellites de printemps, celles où la lumières est rasante, je pense avoir identifié une moraine. Je pense aussi avoir aperçu aux jumelles des blocs erratiques sur les crêtes, que j’aimerais échantillonner.

Nous passons par la colline du campement, j’en profite pour récupérer enfin mon appareil photo. Nous suivons les moraines qui longent le marais, j’aimerais beaucoup les échantillonner mais la journée sera déjà bien assez longue : il faudra revenir. Un peu plus loin, on traverse un curieux champ de blocs. Ces blocs ne ressemblent pas à ceux, angulaires, que l’on trouve dans les moraines. Ils rappellent plutôt une version géante des galets d’une rivière.

Alors que nous marchons à vive allure, un mouvement dans les rochers attire notre regard. Farouches mais curieux, deux lièvres arctiques guettent notre passage. Leur curiosité finit par prendre le dessus sur leur méfiance. Ils s’approchent jusqu’à quelques mètres, posent entre les rochers. Je n’ai qu’à sortir mon appareil photo et attendre.

La piste de galets géants mène dans une petite vallée, creusée dans les moraines, où des blocs arrondis de deux mètres de diamètre s’entassent les uns sur les autres. Il aura fallu une rivière très puissante pour les transporter. Son point d’origine, c’est une brèche dans la moraine du glacier de l’Obélisque. On imagine la vidange catastrophique d’un lac glaciaire, barré par le glacier d’un côté, beaucoup plus épais qu’aujourd’hui, et par la moraine de l’autre. Une brèche se serait creusée dans la moraine, et des trombes d’eau y auraient déferlé. Une telle énergie aurait pu déplacer ces blocs.

De l’autre côté de la crête, la vue plonge sur le glacier et sur une série de moraines parallèles. L’Obélisque n’est plus très loin. Il porte bien son nom. Les moraines, plusieurs centaines de mètres au-dessus du glacier, datent certainement d’une époque assez lointaine. C’est cela qui les rendent particulièrement intéressantes.

Les blocs à dater y sont abondants, il y a même l’embarras du choix. Nous prenons six échantillons. Le rocher est dur comme la pierre, on aurait pu s’y attendre. On y passe la journée, nous ne sentons plus nos bras.

Pour le chemin du retour, nous visons un peu plus haut qu’à l’aller, passons au bord de petits lacs dans lesquels se reflètent les rochers ocre du Pain de sucre, aux contours plus arrondis sous cet angle. Mais bientôt déjà il nous faudra quitter ce paysage devenu familier.