J22 – Lacs supra-glaciaires

J22 – Lacs supra-glaciaires

Nous n’avons pas encore trop exploré la partie gauche du glacier, celle que l’on traverse pour accéder à la corde fixe, lorsqu’on se rend au fjord ou à l’appareil photo sur les hauteurs. Ce soir, plutôt que de rentrer par la moraine médiane, je vous propose d’y faire un petit crochet.

Ici, la surface du glacier est légèrement surélevée. La dénivellation est à peine perceptible, on n’y prêterait aucune attention. Cependant, la vue porte très loin sur le glacier. Trente, peut-être quarante kilomètres en amont, on aperçoit le plateau de glace, l’inlandsis du Groenland. Il nous faudrait plusieurs jours de marche pour y accéder.

En fait, le lit sous-marin du glacier est ici moins profond que dans sa partie centrale. Nous le savons grâce aux mesures radar. Arrimé au rocher par son propre poids, le glacier y coule plus lentement. Les crevasses sont moins nombreuses, on pourrait presque progresser en ligne droite. En revanche, on trouve ici plusieurs lacs supra-glaciaires.

Le plus grand d’entre eux mesure près de deux cents mètres de long. À travers ses eaux turquoises on aperçoit au fond des quantités impressionnantes de cryoconite, ces fines poussières agglutinées par les bactéries qui s’en nourrissent. Un collègue y prélève un échantillon d’eau pour analyser sa composition.

Nous sommes dans la deuxième moitié de juillet, la saison de fonte est désormais bien entamée. Alors que beaucoup de crevasses se sont finalement connectées au réseau hydrologique sous-glaciaire, puis vidées dans le fjord, ces lacs sont encore pleins, le resteront peut-être jusqu’à l’automne. C’est certainement le faible mouvement du glacier et l’absence de crevasses qui leur permet de subsister ici, sur une partie plus calme de sa surface, déconnectée des puissantes rivières sous pression qui courent désormais à sa base.

Sur le chemin du retour nous passons de nouveau au-dessus de la rivière. Une belle arche de glace s’est formée, jette son ombre éphémère dans le canyon qui s’effondre lentement sur lui-même en contrebas. Nos tentes, présence rassurantes dans ce paysage en mouvement, ne sont plus très loin. Au loin, la silhouette géométrique du Pain de sucre semble comme toujours dominer la scène.