J21 – Pain de sucre

J21 – Pain de sucre

Aujourd’hui, je vous emmène sur le Pain de sucre, cette montagne trapézoïdale qui domine les environs comme un emblème. Au sommet qui semble plat, j’espère trouver des blocs erratiques transportés par les glaciers du passé. Si je peux un jour les faire analyser, ils permettront de dater une période où les glaciers étaient beaucoup plus épais qu’à présent. Nous attaquerons la montée sur la gauche où la pente semble moins raide, traverserons l’éboulis puis continuerons le long des barres rocheuses jusqu’au sommet.

La marche est longue, cette montagne qui paraissait si proche se trouve en fait à quatre kilomètres du camp. Nous marchons droit vers le sommet, le long de la rivière. En contrebas, le brouillard du matin se lève, nous laisse entrapercevoir le fjord où les icebergs se font de moins en moins nombreux.

La pente qui mène au sommet est raide et surtout très instable. On se croirait au milieu d’un jeu de mikado grandeur nature. Presque à chaque pas, les rochers basculent quand on y pose le pied, menacent de déclencher une réaction en chaîne. Nous progressons lentement.

Le sommet est beaucoup plus large qu’on l’aurait imaginé, forme une table de presque deux cent mètres de long. Mais on n’y trouve aucun erratique, aucun bloc visiblement transporté par les glaciers, en tout cas rien d’assez gros pour être daté. La vue en revanche est magnifique. Dans toutes les directions, le regard porte sur un monde où roche et glace mènent la danse. Aucune vie à part les moustiques. On se croirait sur une autre planète.

Le Pain de sucre est trop près de l’inlandsis pour penser qu’il n’a jamais été recouvert par les glaces. Mais il est certainement trop proéminent pour que des erratiques puissent y avoir été transportés. Les glaciers ont peut-être recouvert la montagne sans y laisser de traces. Plus tard, je réaliserai qu’il n’y avait aucun cairn au sommet. Peut-être étions-nous les premiers…

Sur le chemin de retour, nous faisons un petit détour pour passer au bord du marais. On y retrouve le pavot du Groenland. La linaigrette, plus touffue que celle que l’on trouve dans les Alpes, forme des belles boules de coton de la taille d’une balle de golf. Les températures sont très agréables, de plusieurs degrés supérieures à celles que l’on a au campement ou sur le glacier. Les moustiques aussi sont au paradis.