J19 – Faune du front glaciaire

J19 – Faune du front glaciaire

Le travail sur le glacier continue. Au front de vêlage les crevasses s’ouvrent. Certaines, que l’on pouvait encore enjamber la semaine dernière, doivent maintenant être contournées. Jour par jour, nous adaptons notre itinéraire.

Après le travail, nous retournons au bord du glacier. Ici les choses ont bien changé. La banquise s’est fragmentée, les icebergs se sont disloqués et répandus dans le fjord, repoussés vers le large par les eaux de fonte du glacier qui se répandent en surface.

Le calme des lieux a lui aussi disparu. Il est remplacé par la cacophonie des goélands, qui virevoltent au-dessus du front du glacier, se posent dans les eaux du fjord ou sur les éclats de banquise à la dérive.

En se rapprochant encore du bord on découvre un autre visiteur. Un phoque fait surface dans les eaux tumultueuses face au glacier. Cette explosion de vie n’est pas un hasard. Les eaux de fonte des rivières sous-glaciaires ne contiennent presque aucun minéraux, ce ne sont pas elles qui intéressent les animaux.

Cependant à deux cents mètres de profondeur, les eaux douces expulsées du glacier se mélangent aux eaux salées du fjord, puis remontent en panache vers la surface avec une force telle qu’elles les entraînent jusqu’en surface.

Le glacier a mis en branle des courants marins qui s’étendent jusqu’à l’embouchure du fjord de Bowdoin, vingt kilomètres à l’aval. Sur toute la longueur du fjord, les eaux profondes sont désormais comme aspirées vers le glacier. Elles remontent avec force, se mélangent aux eaux de surface qui coulent dans la direction opposée.

Or, les eaux profondes sont pleines de nutriments, minéraux et petites particules déposées au fond du fjord pendant l’hiver, ils se retrouvent soudain entraînés par des courants turbulents jusqu’en surface. C’est là, à la lumière, qu’ils sont absorbés par le phytoplancton. Le phytoplancton nourrit les poissons, qui à leur tour attirent les oiseaux. Le glacier a créé sa propre chaîne alimentaire.