J15 – Dîner bien mérité

J15 – Dîner bien mérité

Ce matin, on prend un deuxième café, on jette un œil aux photos de l’appareil automatique qu’on est allé voir hier. En les faisant défiler sur l’ordinateur, on voit le mouvement du glacier. Fin août, ce sont les premières chutes de neige. Mi-octobre, le soleil jette ses derniers rayons sur le glacier, puis la lumière diminue et le fjord regèle.

Fin décembre, l’appareil semble avoir survécu à la nuit polaire. Sur certaines images on voit même le glacier briller à la lueur de la pleine lune. Les images semblent venir d’un autre monde, un monde où il ne ferait pas bon dormir sous tente. On réalise qu’il aura fallu prendre deux photos par jour, l’une à midi, l’autre à minuit, lorsque la lune est au plus haut dans le ciel.

Février et mars, c’est la partie la plus froide l’hiver. Alors que le soleil revient les images sont vides. Le minuteur a fonctionné mais le capteur n’a rien enregistré. On espère que la nouvelle batterie et le panneau solaire installés hier vont aider. Début mai, de grosses chutes de neiges. Le paysage se couvre d’un épais manteau blanc.

À partir du mois de juin, la fonte s’accélère ; des lacs se forment sur le glacier. Petit à petit on retrouve sur les images le paysage que nous connaissons. Le soleil de minuit remplace la pleine lune. Finalement, nous chaussons les crampons pour aller mettre les sismomètres à niveau. J’installe la batterie rechargée aux forages, en ramène une autre au campement.

Après cinq jours de terrain, la plupart des instruments sont installés. La charge de travail diminue, le temps passé sur le glacier aussi. On décide de fêter ça avec un repas un peu spécial. On commence par couper des légumes, je vous laisse deviner le menu…

La fondue bien sûr, selon la recette un peu particulière des glaciologues de Zürich. Il fait un peu froid mais nous décidons de manger dehors pour profiter de la vue sur le glacier. On essaie fort de ne pas penser au malchanceux qui devra changer le sac des toilettes demain. De temps en temps, un gros bloc de glace tombe dans la rivière dans un grand vacarme, nous fait tous tourner la tête.

Ici juste en face de nos tentes, l’environnement change à toute vitesse. En quelques années à peine la rivière a creusé un canyon de plusieurs centaines de mètres de long dans la moraine et dans la glace. On traîne un peu, il est déjà minuit. Le soleil brille encore sur le campement, le torrent continue de gronder. Au loin, un léger brouillard se lève sur le fjord. Ce n’est qu’en deuxième partie de nuit que nos tentes passeront, pour quelques heures à peine, à l’ombre de la colline.