J14 – Caméra automatique

J14 – Caméra automatique

Pour ceux qui en ont marre des sismomètres, j’ai une bonne nouvelle. Aujourd’hui, nous allons nous promener un peu : nous irons faire de la maintenance sur un appareil photo braqué sur le glacier à sept cent mètres d’altitude. Hier, il était encore inaccessible ; mais maintenant que le lac s’est vidé on va pouvoir y aller. En revanche, et désolé de vous l’apprendre, il faut quand même chausser les crampons : le seul accès est par le glacier.

Après une petite heure de marche, nous atteignons la sortie du glacier. Ici, nous installons une corde fixe. Nous la laisserons en place jusqu’à notre départ. Attachée par quatre vis à glace, il faudra penser à les revisser à chaque passage pour compenser la fonte de la paroi.

Encore hier, une rivière tumultueuse, gorgée d’eau et de sédiments coulait le long du glacier. Maintenant qu’elle passe sous le glacier, on peut traverser sans se mouiller. Une équipe part vers le fjord pour y installer un capteur de pression et une caméra. Nous partons à l’assaut de la colline. Évidemment ici il n’y a pas de chemins de randonnées, seulement des gros blocs empilés les uns sur les autres.

Vu de haut, le glacier prend une autre allure. Dans le fjord, les choses ont commencé à changer. La banquise s’est fracturée, les icebergs se dispersent. Devant le glacier, les eaux semblent bouillonner, les icebergs repoussés par un courant invisible. C’est là, à la base du glacier, deux cent mètres sous la surface, que la rivière resurgit. L’eau douce, plus légère que l’eau salée du fjord, remonte jusqu’à la surface en créant des remous. Subjugués par le spectacle, on décide de faire des photos d’aventurier en tee-shirt moulant.

La vue s’étend sur tout le glacier: la branche principale d’où viennent les moraines et celle de droite qu’on appelle aussi glacier de l’Obélisque, à cause du pic rocheux à sa droite. Entre les montagnes, nous apercevons le glacier de Tugtoo, voisin de Bowdoin mais beaucoup moins actif car il n’a pas les pieds dans l’eau. Nous cherchons nos installations sur la glace aux jumelles, en vain.

Nous atteignons finalement l’appareil photo. Muni d’un objectif grand angle, il prend une photo du glacier chaque jour pendant l’hiver. Ici, on installe une batterie supplémentaire et un panneau solaire. On télécharge les photos et on règle l’appareil sur une cadence plus rapide pour la durée de la campagne. On repassera changer les réglages avant de quitter le glacier.

De l’autre côté du fjord, on aperçoit les tentes de nos collègues, tous petits points jaunes dans ce paysage immense. Tous les jours nous sommes en contact par radio. Ils vont bien, nous font part de leur vue magnifique sur le glacier. Le radar tourne en continu depuis trois jours. Mais déjà il est temps de rentrer : nous sommes à trois heures de marche de notre camp à nous.