J12 – Encore des sismomètres

J12 – Encore des sismomètres

J’oubliais : quand nous sommes arrivés au bord du glacier il y a deux jours, nous avons eu une petite surprise. Ici à cinquante mètres de nos tentes, il y avait l’an dernier un canyon. Une rivière grondante s’infiltrait sous le glacier. Cette année, il est rempli par un lac! On se demande s’il restera rempli jusqu’à la fin de la campagne.

On remplit les bidons vides, on sangle les crampons, et nous sommes de nouveau sur la glace. Aujourd’hui nous installons un deuxième cadran de sismomètres, mais ceux-ci passeront l’hiver au Groenland. Les géophones sont montés dans des tubes de presque un mètre de long, conçus pour être disposés dans des forages. Nous les installerons trois mètres sous la surface du glacier, l’épaisseur de fonte annuelle, afin de pouvoir les récupérer l’été prochain. Ces instruments sont très coûteux, mais leur grand avantage sur ceux d’hier est qu’ils n’ont pas besoin d’être régulièrement remis à l’horizontale.

Nous sommes à un bon kilomètre du front de vêlage. Cette partie du glacier est moins crevassée, mais la surface de la glace reste ondulée. On essaie de suivre les courbes de niveaux de ces petites bosses. On n’ose pas encore le dire on en a déjà marre des crampons. On utilise les montagnes au loin pour se diriger, mais avec le mouvement du glacier, il faut viser un peu plus à gauche que l’année dernière.

Après quelques essais infructueux, nous réalisons qu’avec les débris coincés au fond il faut faire des trous de quatre à cinq mètres pour installer les instruments à la hauteur souhaitée. Quand on utilise ce genre de perceuse dans les Alpes, on ajoute les rallonges une à la fois, parfois jusqu’à neuf mètres de profondeur. Mais ici, nous sommes sur un glacier froid. Sous la surface, comme dans une cave, la glace conserve les températures hivernales, le métal s’y colle en quelques secondes, et on peut y perdre des instruments si on ne les garde pas toujours en mouvement. Alors on sort toute la vis entre chaque rallonge, c’est d’ailleurs beaucoup plus photogénique.

Les capteurs sont connectés à un panneau solaire et une boîte orange contenant l’enregistreur, un GPS, et une batterie. Pour chaque sismomètre on ajoutera une boîte noire avec deux batteries supplémentaires pour pouvoir passer la nuit polaire. Mais inutile de se casser le dos, nous les porterons au fur et à mesure des jours qui viennent. Pour le moment l’énergie solaire est amplement suffisante aux instruments. Enfin, les boîtes seront arrimées à une balise enfoncée dans la glace pour éviter qu’elles ne glissent dans une crevasse pendant l’hiver.

L’installation terminée, l’après-midi est déjà bien entamée. Cependant il faut encore retourner dans la zone crevassée au front du glacier, télécharger les premières données pour vérifier que l’installation de la veille fonctionne, recreuser les trous et mettre à niveau les sismomètres de surface.

En début de soirée, nous remontons finalement la moraine frontale, comme hier, pour rentrer au campement. Peu avant de quitter le glacier, on aperçoit au loin l’équipe japonaise, ses installations GPS terminées, elle est aussi sur le chemin du retour. C’est à notre tour de porter les bidons d’eau au camp.