J1 – Départ de Copenhague

J1 – Départ de Copenhague

Bonjour, j’espère que vous êtes en pleine forme car ça y est, c’est le grand jour ! Il est sept heures du matin, nous sommes à Kastrup, à cinq kilomètres au sud de Copenhague. Le soleil est déjà bien levé sur l’Øresund et son pont majestueux de dix kilomètres de long. De l’autre côté du détroit, c’est la Suède. Après le petit-déjeuner à l’hôtel nous nous mettons en route vers l’aéroport. Le plus gros du matériel a été envoyé il y a déjà plusieurs semaines ; en principe tout est arrivé à Qaanaaq, au nord du Groenland. On espère surtout ne rien avoir oublié, car il sera bientôt trop tard pour revenir en arrière !

Quelques heures plus tard, les nuages sont arrivés. L’aéroport est plein de vacanciers qui s’envolent vers le sud ou partent rejoindre leurs familles à l’étranger. L’Airbus d’Air Greenland en direction de Kangerlussuaq, le seul avion à réacteur de la compagnie, décolle de Kastrup. Par le hublot nous voyons la ville de Copenhague s’éloigner puis disparaître sous le plafond de nuages. C’est notre dernière scène de verdure et de ville pour les trente jours à venir.

Après trois heures de vol nous apercevons finalement la côte est du Groenland. Ses montagnes, qui culminent à plus de trois mille mètres, sont battues par les tempêtes de l’Atlantique Nord. En ce début d’été, les glaciers qui les ensevelissent sont encore recouverts par plusieurs mètres de neige. L’accumulation est telle que les glaciers descendent presque partout jusqu’à la mer, ne laissant que très peu de terres habitables. Plus qu’une heure de vol avant l’atterrissage à Kangerlussuaq.

Cela fait presque une heure que nous traversons un paysage complètement plat, d’un blanc monotone, quand l’avion commence à perdre de l’altitude. Des lacs apparaissent à la surface de l’inlandsis, certains encore recouverts d’une fine pellicule de glace. Ces lacs supra-glaciaires d’environ un kilomètre de diamètre se forment pendant la saison de fonte et se vident parfois en l’espace de quelques heures dans des crevasses ou moulins, tunnels verticaux qui descendent jusqu’à la base du glacier un kilomètre plus bas.

Certains lacs supra-glaciaires sont connectés à des rivières qui nous paraissent miniatures vues de si haut, surtout ici avec l’effet de flou du hublot, et finissent par disparaître à leur tour sous la glace. Lors de la vidange, l’eau génère une pression tellement forte qu’elle décolle le glacier de son lit et le soulève parfois de quelques centimètres.

L’avion continue à descendre. Les rivières d’eau de fonte se font moins nombreuses. Des crevasses apparaissent à la surface du glacier et se font de plus en plus nombreuses. La couverture neigeuse des hauteurs laisse place à la glace nue. On aperçoit une moraine, longue traînée de cailloux qui prend naissance sur un petit îlot rocheux au milieu des glaces.

Enfin, nous atteignons le bord de la calotte. La glace laisse place à un paysage rocheux, vallonné, qui ne porte aucune trace de l’homme. Ce n’est qu’en apercevant l’aéroport de Kangerlussuaq qu’on se rend vraiment compte des dimensions du paysage. Les collines sont en fait des montagnes, les rivières des fleuves. Nous allons atterrir, attachez vos ceintures !